Pour (re)lire la fable, c’est ici:

http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/homcoulevr.htm

Découvrir le texte écrit  par Hugo CLYBOUW – Marlène DA COSTA – Paul DIDIER – Riyad FELLAG – Taha HARNOUFI DCG 1 – Classe de seconde 1

Réquisitoire 

Le Procureur (le ministère public) :

Madame la Présidente, messieurs les juges, le tribunal, 

C’est une affaire désolante et violente qui nous occupe aujourd’hui. 

Voilà les faits : un homme voit une couleuvre, l’insulte au motif qu’elle est une gêne pour l’univers, la met alors dans un sac quand elle tente de le raisonner et la fracasse contre un mur jusqu’à ce que mort s’en suive. 

Tout pourrait porter à croire que ce récit n’est que le résultat d’élucubrations d’un auteur bien inspiré. Mais ceci n’est pas une fable. Ce récit est terriblement réel. 

C’est cet homme qui a tué la couleuvre que nous jugeons en ce jour. Le cas présente deux grands problèmes dont il nous faut prendre conscience : la souffrance de l’animal et son appropriation par l’homme. 

En effet, la liberté que s’est octroyée le prévenu en jetant l’opprobre et en tuant la malheureuse couleuvre est absolument abjecte, insupportable et mérite d’être lourdement sanctionnée. 

Qu’avait donc fait cet animal rampant pour déchaîner la violence sauvage de cet individu ?  La couleuvre se contentait d’exister, elle vivait sa vie de couleuvre. Quel sort terrible que de vivre une vie de couleuvre ! Toute sa vie durant elle a porté un double fardeau.  Elle fut condamnée deux fois. En tant que couleuvre d’une part, elle est, je cite les mots de notre homme, « un animal pervers », suscitant le dégoût. Une créature répugnante dont il faut débarrasser , je cite encore, “tout l’univers”. Et d’autre part, en tant qu’animal, elle est condamnée à être écrasée, dominée par l’homme qui a tous les droits sur elle. 

Car c’est bien de cela dont il s’agit aujourd’hui, de ce rapport de domination, d’appropriation qui s’est établi entre l’homme et l’animal. De ce droit de vie et de mort que s’arrogent les hommes sur les animaux et qui se manifeste par l’exploitation de ces derniers, la maltraitance dont ils sont victimes et enfin par des actes qui portent atteinte à leur droit et à leur dignité en les conduisant à la mort dans des conditions souvent atroces. 

Dans cette affaire, le rôle des témoins a été crucial. Il nous a permis de mieux cerner cet homme à travers son rapport aux animaux. Il est avéré qu’il les considère comme des machines, exploitables et rentables. 

Madame Vache, Monsieur Boeuf ont mis en lumière la cruauté de l’individu à l’encontre des créatures à pelage et à écailles. C’est une vache qui, devenue vieille après avoir nourri l’homme, est laissée seule “en un coin sans herbe”. C’est un bœuf qui, en récompense de son dur labeur, reçoit “force coups, peu de gré”. 

Tous ont révélé la nature ingrate et tyrannique de leur maître qui les exploite sans vergogne et les abandonne à leur triste sort quand ils ne lui sont plus d’aucune utilité. 

Tous ont plaidé en faveur de la couleuvre et ont tenté de raisonner l’homme. En vain, insensible aux arguments raisonnables, offensé même par la raison, il a tué la couleuvre. 

“ Du sac et du serpent aussitôt il donna contre les murs, tant qu’il tua la bête ”. Voici les éléments du rapport d’autopsie. La couleuvre, étouffée dans un sac, a été fracassée contre un mur. Une vie brisée contre un mur. Je n’ose imaginer la souffrance endurée par l’infortuné reptile. 

Après autant d’actes maltraitants, d’actes de cruauté, peut-on encore qualifier le prévenu d’être humain ?  Qui de l’homme ou de la couleuvre est “ l’animal pervers ”? Je crois bien qu’il s’agit de notre homme, de cet homme insensible, déraisonnable et cruel. En effet, demeurer indifférent à la souffrance animale, ne considérer que les intérêts de notre espèce revient paradoxalement à nous comporter comme des animaux et à ne pas manifester notre humanité. 

Face à la déraison de cet homme, il nous faut être plein d’empathie, rappeler et affirmer que les animaux ont un droit, celui de ne pas être maltraités.  Cette affaire nous donne matière à réfléchir sur les relations que nous devons entretenir avec les animaux : il nous faut reconsidérer leur place et condamner des actes de maltraitance qui peuvent banaliser la violence des individus. 

On ne peut donc laisser notre homme être condamné à une peine légère. 

Au regard de la gravité des faits et conformément à l’article 521-1 du Code Pénal qui mentionne le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal et qui punit de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, je propose une peine de 3 mois de prison ainsi que 1 500 euros d’amende.

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