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https://gallica.bnf.fr/essentiels/fontaine/fables/animaux-malades-peste

Découvrir le texte écrit  par Léna BONAMOUR – Mathéo DEVILLE – Numidia KHODJA – Cécile MANY – Léa SENAVE DCG 1 – Classe de seconde 1

Plaidoirie de l’avocat de l’âne

Maître Colombe se présente afin de plaider en faveur de son client, l’âne Bâté.

Madame la présidente, Mesdames les juges,  le tribunal.

Jamais je n’ai eu plus à cœur de faire mon métier car je vais servir la vraie justice. Je suis ici pour défendre mon client, un honnête âne, une  âme innocente, qui a été condamné à mort pour avoir brouté de l’herbe. Vous avez bien entendu ! Condamné pour avoir brouté de l’herbe, condamné pour une broutille, pour une pécadille.

Mon client a vécu jusqu’ici une vie paisible sans porter atteinte à qui que ce soit, sans enfreindre la loi. 

Comme tous, il souffre du terrible fléau qui nous frappe, de cette peste maudite qui empêche de vivre, de nous nourrir, de nous réjouir. 

Comme tous, répondant à l’ordre de Louis, le Lion, il s’est présenté à la Cour. « Que le plus coupable de nous se sacrifie aux traits du céleste courroux » avait demandé notre Sire en quête d’un bouc émissaire pour éradiquer cette maladie de l’enfer. Mais quand il fut question de désigner le plus coupable, tous les puissants tinrent leur langue. Seul mon honnête client s’est livré et a avoué son péché en reconnaissant avoir brouté de l’herbe. 

Un brin d’herbe vaut-il la tête d’un pauvre âne ? Mon client avait-il la langue trop pendue ? Coupable d’avoir tondu d’un pré la largeur de sa langue. Le voilà bientôt condamné à être pendu.

Madame la juge, la justice d’ancien régime est défaillante et corrompue parce qu’elle juge les individus en fonction de leur statut social, de leur puissance et de leur éducation, et non en fonction de leurs crimes. Ce temps est révolu, la justice a évolué. Aujourd’hui, elle prétend protéger le faible du fort. 

Cependant, la situation vécue par mon client montre qu’il reste beaucoup de chemin à faire. Sa majesté le Lion de par sa toute-puissance a été privilégiée lors du jugement de première instance. 

Je rappelle que chaque citoyen est en droit de recevoir un procès impartial. Or le procès de mon client ne l’a pas été. Pris au piège d’une cour carnivore sur laquelle le roi Lion règne en maître absolu de droit divin, mon client, acculé et accablé, n’a pu que subir, sans mot dire, le pire de tous les sorts.

Il est victime d’une terrible injustice : un châtiment hâtif et brutal. 

Je souhaite maintenant exposer les faits accomplis par mon client, ainsi que les prétentions de l’intimé afin de montrer en plusieurs points l’iniquité du jugement rendu par le loup au nom de sa majesté le Lion. 

Premier point, mon client a avoué à la Cour cannibale et carnivore qu’il avait tondu de l’herbe. Il avait faim, il est un peu gourmand aussi. Et cela a suffi à le condamner. Mais brouter de l’herbe est-ce un crime ? Non. Mon client n’a tué personne.  Aucune plainte n’a été déposée contre lui.  Les moines, propriétaires du champ,  ne se sont même pas aperçus qu’il manquait de l’herbe, ils n’ont vu aucune différence. Et c’est bien normal : l’herbe repousse ! Mais le berger et les moutons qu’a dévorés le lion n’ont pas eu cette chance ! Notre roi, Louis le Lion, Louis le Glouton, a commis des crimes bien plus graves, crimes qu’il a reconnus par ailleurs. 

 ”Que le plus coupable de nous se sacrifie aux traits du céleste courroux” avait-il exigé.  Que le roi à crinière se dévoue donc et montre l’exemple,  car mon client n’est pas le plus coupable de la cour carnassière qui l’a condamné en dépit du bon sens et de la justice.

Deuxième point. Il concerne cette fois Monsieur Loup, quelque peu clerc en effet, et qui a délivré la sentence. Il apparaît très clairement dans sa harangue qu’il a jugé l’Âne en fonction de son origine et de son apparence. “Maudit animal, Ce pelé, ce galeux” voilà les mots employés dans le verdict pour désigner l’Âne. Ce sont des mots inadmissibles car ils disent le mépris et la haine que porte la cour à l’Âne et qui le condamne non sur ce qu’il a fait mais sur ce qu’il est. C’est ce qu’on appelle de la discrimination. 

Mon client a été trompé et humilié, son honnêteté a été bafouée. Victime d’un jugement expéditif, condamné sans autre forme de procès, je demande simplement la relaxe définitive de mon client afin que soit rétabli son honneur et qu’il retrouve ainsi sa dignité perdue. Madame la présidente, vous détenez aujourd’hui l’opportunité de faire avancer la justice en prenant une décision courageuse. Je vous demande humblement de ne pas rater cette occasion. 

J’en ai terminé. Je vous remercie.

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